« Il ne faut pas renvoyer à l’avenir la question de la jeunesse; elle a besoin d’un présent » – Retour sur le #CongrèsAnacej

1 novembre 2016 Nouvelles

Par Florence Côté, présidente de Citoyenneté jeunesse

Il y a quelques heures se terminait mon périple dans la délégation québécoise au 11e congrès de l’Anacej (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes, en France) à Strasbourg. Ma participation a été rendue possible par LOJIQ (Les offices jeunesse internationaux du Québec), comme ce fut le cas pour mes trois acolytes.

M’accompagnaient ainsi Alexis Tremblay, du Forum jeunesse de l’île de Montréal (FJÎM), Daniel Loureiro, du Conseil jeunesse de Verdun, et Rose St-Pierre, de la Tribune jeunesse de Saint-Bruno. En tant que présidente de Citoyenneté jeunesse, le regroupement national des forums jeunesse régionaux du Québec, je complétais donc notre troupe de représentants de tous les niveaux de gouvernance au Québec :  arrondissement, municipal, régional et national.
délégation québécoise LOJIQ

La délégation québécoise au congrès de l’Anacej : Alexis, Florence, Daniel et Rose

Notre séjour a débuté avec le congrès de trois jours portant spécifiquement sur la participation citoyenne jeunesse en France, pour se terminer avec un survol de la formation citoyenne des jeunes en Europe via le Conseil européen de la jeunesse à Strasbourg. Notre constat principal : la jeunesse québécoise a de quoi envier (et s’inspirer de !) la jeunesse européenne.

La participation de la jeunesse en France : une priorité de plus en plus valorisée

Plus de 800 jeunes et enfants d’âge primaire à la fin vingtaine étaient rassemblés pour le 11e  congrès de l’Anacej. On y retrouvait, de tous les coins de la France, des représentants de conseils de villes, de régions, de départements, ainsi que le CommJ, comité jeunesse national de l’Anacej. Tous ces conseils sont composés soit de jeunes, soit d’enfants, et ils sont supportés et financés directement par le pallier de gouvernance local (ville, région, département) où ils évoluent. Au lancement du congrès, vendredi soir, 80 élus étaient présents pour encourager l’initiative et s’intéresser aux revendications jeunesse.

Ouverture du congrès Anacej

Ça fait pas mal de monde.

Au courant de la fin de semaine, nous avons pu échanger avec les participants et leurs accompagnateurs, employés souvent jeunes eux-mêmes qui assuraient l’encadrement des enfants et, dans une moindre mesure, des jeunes. Ce que nous en retenons :

  • Les conseils de jeunes et d’enfants fonctionnent un peu comme des forums jeunesse du Québec en ce sens qu’ils regroupent des dizaines de jeunes de 7 à 30 ans, qui donnent ensuite leur avis sur des projets, des règlements, l’urbanisme, les priorités locales. Les conseils visent aussi à encourager la participation électorale des jeunes. Leur composition, basée sur la diversité et la représentation de tous les territoires d’une localité, ressemble à celle de plusieurs forums jeunesse régionaux. Ils diffèrent un peu des forums jeunesse, cependant, parce qu’aux dires de plusieurs participants, le lien étroit que les conseils entretiennent avec leur élu respectif fait parfois en sorte que le conseil n’est appelé qu’à répondre à des questions précises, et peut plus difficilement se positionner lui-même de novo ou en contradiction avec la vision de l’élu – par contre, il est assuré d’avoir une oreille attentive de la part de leur élu lorsqu’il travaille avec lui, puisque l’implantation des conseils se fait toujours en partenariat avec les élus. Les conseils n’ont pas non plus comme mandat de concerter les acteurs jeunesse de leur milieu, contrairement aux forums jeunesse du Québec. Il s’agit néanmoins d’une excellente école de la démocratie et de la participation citoyenne pour les jeunes, qui a de réels impacts sur les milieux de vie des jeunes et l’évolution de la société via des prises de positions et des soumissions de projets et d’avis.
  • Les conseils d’enfants et de jeunes se regroupent au sein de l’Anacej, dirigée par une direction d’adulte et un Comité jeune constitué de jeunes de 16 à 24 ans de toute la France. Ceux-ci, via le congrès annuel notamment, prennent position pour améliorer la participation citoyenne des jeunes et leur considération dans l’élaboration de toutes les politiques publiques. Pour lire les 25 propositions issues des ateliers du congrès, c’est par ici.
  • Actuellement, le réseau compte plus de 400 conseils d’enfants ou de jeunes, et le gouvernement français veut s’assurer d’améliorer, d’aider à financer, et de valoriser encore davantage ces instances pour les aider à s’implanter partout
  • En ce moment à l’Élysée, le projet de loi Égalité et Citoyenneté est en voie d’être adopté. Ce projet de loi, notamment, vise à : intégrer des clauses d’impact jeunesse aux projets de loi futurs (ce que nous avons déjà au Québec, même si ces clauses restent en général secrètes pour le public); aider à l’implantation et le financement des conseils de jeunes et d’enfants; mettre en place des congés-bénévolat pour les travailleurs; et reconnaître officiellement l’implication des jeunes, notamment via une mention au diplôme. Le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, M. Patrick Kanner, a d’ailleurs fait une allocution à ce sujet au début du congrès.

Atelier débat Anacej

Les jeunes de 16 à 30 ans en plein débat sur l’implication citoyenne jeunesse et son impact social, économique et environnemental

L’Europe, terre d’accueil pour les jeunes impliqués

Politiquement parlant, les pays de l’Europe sont regroupés dans l’Union européenne (UE, 27 pays membres) et dans le Conseil de l’Europe (47 pays membres). Chacune de ces instances a des mandats assez précis. Dans le cas du Conseil de l’Europe, dont nous avons visité la portion jeunesse, il s’agit surtout de la défense des Droits de l’Homme et de l’Enfant et du vivre-ensemble qui en découle, alors que l’UE se penche plus largement sur les situations politiques européennes et mondiales.

Conseil de l'EuropeLe parlement de l’Union européenne, à Strasbourg

Chacune de ces instances a une préoccupation particulière pour la jeunesse, qui se traduit en stratégies, politiques, plans d’actions et financement pluriannuels. L’UE travaille ainsi à réaliser sa Stratégie en faveur de la jeunesse 2010-2018, qui vise à créer l’égalité des chances pour les jeunes en ce qui a trait à l’emploi et au travail, et à encourager les jeunes à participer activement à la société.

Pour sa part, le Conseil de l’Europe finance le Conseil européen de la jeunesse, qui a deux points d’assise physique (à Budapest et à Strasbourg) et qui suit des plans stratégiques ayant un horizon de deux ans. Les 47 pays membres et 3 pays sympathisants cotisent pour offrir information, formations d’animateurs, de formateurs et de jeunes, lieux de rencontre et production de matériel de mobilisation, de formation et de recherche. Tout cela est offert aux citoyens des pays membres, mais aussi de l’international. La gestion des priorités du Conseil européen de la jeunesse de l’Europe est faite par le Comité directeur, composé d’un représentant par pays membre et de 30 jeunes représentants des groupes jeunesse (syndicats étudiants en importance, groupes politiques ou de représentation, etc) qui doivent travailler à trouver un consensus pour orienter le travail des employés et animateurs du Conseil.

Nous avons eu la chance de visiter le Conseil européen de la jeunesse et d’en apprendre plus sur son fonctionnement et ses actions. En général, tel que mentionné, l’objectif est de faire connaître les Droits de l’Homme et de travailler à mobiliser les jeunes autour de leur application partout en Europe et dans le monde. En particulier, cependant, l’action du Conseil jeunesse et de ses animateurs va au-delà en travaillant spécifiquement à l’autonomisation, le leadership, la représentation, le vivre-ensemble et la prise de conscience et de pouvoir des jeunes dans l’Europe actuelle.

L’Europe appelle ces initiatives des occasions d’apprentissage non formel, ce qui me semble plus qu’adéquat pour décrire le phénomène d’acquisition de compétences et de savoir-être qui accompagne ces actions.

Conseil européen de la jeunesse

La délégation québécoise avec Marina, animatrice et gestionnaire du Conseil jeunesse de l’Europe originaire de Russie. Nous portons les chandails de la campagne Non à la haine #NoHate.

Des idées pour le Québec

À la lumière de cette expérience, nous pouvons poser quelques constats pour notre province :

  • Alors que le gouvernement québécois a récemment démantibulé les instances régionales comme les CRÉ, et a cessé de financer les instances de mobilisation et représentation régionales des jeunes qu’étaient les forums jeunesse régionaux, il faut nous attarder à redonner à la jeunesse les moyens de se concerter localement.
  • Les conseils jeunesse d’arrondissements ou de municipalités ne font pas légion au Québec; ils sont pourtant une occasion d’initier les enfants et les jeunes à la démocratie et à l’implication citoyenne et de leur permettre d’influer directement et rapidement sur leur milieu de vie.
  • La participation autonome d’organisations de représentation par et pour les jeunes comme Citoyenneté jeunesse aux commissions parlementaires et consultations publiques du gouvernement est un bon coup du Québec pour favoriser la prise de parole et l’écoute des jeunes sur son territoire.
  • La volonté de concertation et de travail commun des organisations jeunes et jeunesse du Québec est un atout, et nous pouvons probablement miser sur des initiatives et des actions communes pour bâtir un meilleur avenir pour la jeunesse – par exemple en nous inspirant du mode de gestion du Conseil jeunesse de l’Europe.

Strasbourg

Pour notre part, nous nous quittons la tête pleine d’idées et les bras pleins de matériel européen pour favoriser le développement de nos instances respectives. Nous en sortons grandis et électrisés, et nous conserverons assurément notre nouvelle amitié longtemps – parce que c’est aussi ça, l’implication jeunesse : regrouper des jeunes citoyens pour la première fois et les motiver à travailler ensemble à long terme pour le bienfait de la société.

 

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Un merci tout spécial à Thierry Tulasne de LOJIQ et à Lilia Benhadji de l’Anacej pour leur aide précieuse dans l’organisation de notre délégation !